par Sophie Rossignol et Gaëlle Sampietro,
doctorantes et chargées de cours à l’Université de Strasbourg
(respectivement chez Gryffondor et Serpentard, comme quoi une collaboration est possible…)


1. « Dans le monde, il n’y a pas d’un côté le bien et le mal, il y a une part de lumière et d’ombre en chacun de nous. Ce qui compte c’est celle que l’on choisit de montrer dans nos actes, ça, c’est ce que l’on est vraiment » (Sirius Black, OP-film).

Dans le monde magique d’Harry Potter, trois forces s’opposent. Toutes ont une part d’ombre et de lumière (oui oui, même les Mangemorts : spéciale cassdédi à Severus le plus grand espion de tous les temps (dommage 007…)).  Ces trois forces disposent de moyens de surveillance et de renseignement utilisés avec plus ou moins de parcimonie. D’un côté, le Ministère de la Magie, grâce aux moyens de propagande, tend à vouloir nous faire croire que tout va bien alors que l’on massacre des Moldus, Cracmols, etc. De l’autre, une guerre sans merci se déroule entre Celui-dont-on-ne-doit-pas-écrire-le-nom et les vaillants défenseurs de la liberté à coup de « J’te pique ta baguette pour usurper ton identité et espionner tes copains » et « Espèce de troll, je me transforme en joli lutin de Cornouaille pour t’espionner ».

2. « C’est privé ! Pas pour moi» (Échange entre Harry Potter et Severus Rogue, OP-film).

Peu de choses sont en effet privées dans le monde magique, contrairement au monde Moldu. Alors que le respect de la vie privée chez les Moldus est un droit fondamental (voir notamment l’article 8 de la CEDH), dans le Monde magique, il est aisé d’obtenir des informations ou de se renseigner sur une personne et ses agissements. Tel est le cas notamment lorsque le Ministère de la Magie surveille le réseau de cheminées utile aux déplacements et communications (eh oui pas de smartphone et de NSA) ou encore lorsque Ron, Hermione et Harry usurpent l’identité de Bellatrix Lestrange pour entrer dans sa chambre forte de Gringotts (qui n’est plus à ce jour le lieu le plus sécurisé du monde magique, qu’on se le dise).

Ainsi, est considérée comme une surveillance dans le monde Moldu du Dictionnaire Cornu « l’action de veiller sur une personne ou une chose dans l’intérêt de celle-ci, ou de surveiller une personne ou une opération pour la sauvegarde d’autres intérêts » (Vocabulaire Juridique), par exemple, lorsque l’Ordre du Phénix veille sur la prophétie pour qu’elle ne soit pas révélée à Voldemort (OP) ou détruite, ou lorsque Dolores Ombrage s’infiltre à Poudlard pour renseigner le ministre de la Magie sur les agissements de Dumbledore (OP). Le renseignement est « l’action de rechercher ou de communiquer l’information » (Cornu, Vocabulaire juridique) mais il peut également être apparenté à l’espionnage qui correspond à « l’action de recueillir clandestinement des renseignements au profit d’une puissance étrangère (…), le fait d’observer clandestinement (quelque chose ou quelqu’un) au profit de quelqu’un » (Trésor de la langue française, CNRS). Comme nous le disions précédemment, l’exemple type de l’espion au sein des ouvrages d’Harry Potter est Severus Rogue. Il recueille des informations aussi bien chez les Mangemorts qu’au sein de l’Ordre du Phénix, pouvant ainsi manipuler l’information, comme lors du transfert d’Harry Potter du 4, Privet Drive au Terrier (RM).

3. « Je jure solennellement que mes intentions sont mauvaises» (PA, chap. 10).

Les sorciers disposent de multiples moyens de renseignement et d’espionnage. Pour éviter de dresser une liste aussi ennuyante qu’un cours d’Histoire avec Mr. Binns, il convient de les répartir en trois catégories et de présenter ainsi les problèmes de morale et d’éthique qu’ils poseraient dans le monde Moldu. Il conviendra donc de nous intéresser aux enseignements, aux moyens accordés au Ministère puis, enfin, au domaine du commerce.

Les enseignements

Le savoir est une arme, comme Harry a pu le démontrer en utilisant fort bien ses capacités en Défense contre les forces du mal. Certains enseignements permettent d’usurper des identités (la fabrication du Polynectar ou la métamorphose, notamment) ou encore de sonder les esprits (la légilimancie ou la fabrication du Veritaserum).

Ces enseignements sont prodigués lors du cycle scolaire à Poudlard ou bien accessibles via la bibliothèque (si Mrs. Pince le permet…). Certes, leur apprentissage n’est pas des plus aisés. Néanmoins ils posent la question de leur contrôle et de leur bon usage. Il semble complexe d’imaginer fabriquer du Polynectar uniquement pour une soirée déguisée d’Halloween. Or, le contrôle de ces enseignements est quasiment inexistant. Les seules limites résident dans des considérations matérielles (les ingrédients pour les potions sont parfois chers ou rares) ou intellectuelles (Harry manifeste des difficultés à fermer son esprit et donc à se protéger de la légilimancie).

Il est alors opportun de conseiller à nos amis sorciers d’agir en « bon Moldu de famille ». Il semble très difficile d’exercer un contrôle juridique sur la connaissance. L’histoire Moldue est le meilleur exemple pour démontrer que toute tentative de contrôle du savoir est vouée à l’échec.

Oreilles à rallonge des frères Weasley
Oreilles à rallonge des frères Weasley

Les moyens accordés au Ministère

Comme tout organisme gouvernemental, le Ministère de la magie jouit de prérogatives de puissance publique telles que l’enregistrement des Animagus, la Trace pour les mineurs ou encore le contrôle d’identité via la baguette magique (chez les Moldus, c’est la photo d’identité qui est souvent magique…).

Toutefois, une même question se pose dans nos deux mondes : l’état de guerre justifie-t-il un excès de contrôle ? Peut-on valablement destituer un sorcier de sa baguette ou un Moldu de sa nationalité en raison de l’état de guerre ? Ne pouvant répondre à cette question pour les Moldus faute de recul, il s’est avéré que la destitution de baguette a certes eu un effet à un instant T (permettant notamment le repérage des « indésirables ») mais cette mesure n’a pas prouvé sa pleine efficacité (le vol de baguette ou la fuite étaient des pratiques courantes).

Le domaine du commerce

On entend par « domaine du commerce » la possibilité pour les sorciers d’acquérir des objets permettant le renseignement ou l’espionnage, tels que les oreilles à rallonge des frères Weasley. Il s’agit également de tous les objets permettant l’information tels que l’acquisition d’une radio ou l’achat de portraits, de la Gazette du sorcier et même des hiboux (que nos amis défenseurs des animaux magiques ne s’affolent pas, les auteurs reconnaissent que les hiboux sont des êtres vivants doués de sensibilité).

Les objets appartenant au domaine du commerce sont soumis à des restrictions gouvernementales quant à leur usage. Par exemple, Mr. Weasley travaillant au Bureau de détection et de confiscation des faux sortilèges de défense et objets de protection effectue une descente chez Mr. Malefoy. Leur vente peut également être contrôlée. Par exemple, Mondingus Fletcher est contrôlé par Ombrage lorsqu’il vend l’héritage de Harry dans la rue. La liberté du commerce est très forte dans le monde magique. Les seules restrictions pouvant être apportées à cette liberté sont juridiques et cela uniquement si les objets visés présentent un danger grave, tel que les dragons. Ainsi les objets permettant le renseignement, l’information, la surveillance et l’espionnage semblent ne pas appartenir à cette catégorie juridique d’objets dangereux. Tout sorcier peut alors espionner son voisin. C’est à ce dernier de trouver les sortilèges, telle Hermione dans la forêt de Dean (RM), ou potions efficaces pour s’en protéger.

4. Les trois forces en présence dans le monde magique disposent de moyens égaux de renseignement et de surveillance. Ce qui fait la différence est l’utilisation par ces forces des différents moyens en fonction du but recherché ainsi que leur degré de sens moral et éthique. Il s’agit alors de confiance, notion pouvant être abstraite pour le droit du monde Moldu. En effet, si la confiance est permise au sein du monde magique c’est parce que les forces en présence luttent à armes égales. Tous les sorciers ont une baguette et peuvent faire de la magie. Or, au sein du monde Moldu, le déséquilibre des moyens est bien plus important, comme nous le prouve notre Histoire.

Finite incantatem

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